Manifeste pour la (re)valorisation des archives: les archives et la recherche

Je viens de voir le dernier numéro de Culture et recherche qui a été signalé par archives_masala sur Twitter. Il s’agit d’un numéro spécial sur la recherche au ministère de la Culture de 1959 à 2010. Je constate avec amertume que les archives n’ont aucune place dans ce document au demeurant très intéressant. Or, ce constat est en réalité très révélateur: on y trouve des articles sur la politique de la recherche, la conservation du patrimoine (musées et monuments historiques), la socioéconomie de la culture, l’inventaire, l’archéologie (10 articles), l’architecture, l’informatique documentaire (un seul article sur les bases de données), la musique et les arts de la scène, l’ethnologie, l’histoire des institutions culturelles, le dialogue interculturel, la culture scientifique et technique, la sociolinguistique et les arts plastiques. Il n’est pas surprenant de noter qu’il n’y a rien sur les archives et qu’il faut aller à la catégorie « patrimoine écrit » pour essayer de trouver quelque chose qui se rapproche un tout petit peu des archives. J’ouvre alors les pages 66 à 69 (il n’y a que quatre pages sur le patrimoine écrit stricto sensu), et je constate ce que j’avais bien pressenti: les archives n’existent pas. On y fait pourtant allusion, si on fait une petite recherche sur le document on s’aperçoit que le mot « archives » est utilisé quatre fois. Mais cet allusion paraît purement formelle, comme si on se sentait obligé d’ajouter « archives » à côté de « bibliothèques ». Si on lit les textes on se rend compte que l’on ne parle que d’histoire du livre, des bibliothèques et de la BnF. La chronologie en guise d’ouverture fait bien ressortir le fait que les archives sont les grands absents de la recherche: sur les treize événements qui y sont présentés, un seul pourrait concerner les archives, à savoir la création de l’IRHT. Allez, je suis optimiste, la création du CCFR concerne aussi les archives (celles qui sont conservées dans les bibliothèques). Si on poursuit la lecture, on arrive au paragraphe suivant:

« Pour recenser et faciliter l’exploitation scientifique du patrimoine écrit conservé dans les bibliothèques et services d’archives, le ministère de la Culture a soutenu la réalisation de catalogues de grande ampleur et la numérisation des fonds. Réalisé en partenariat avec le monde de la recherche, cet effort de mise à disposition a favorisé l’étude de ce
patrimoine, de l’histoire du livre et de la lecture, et plus largement de la culture écrite
 »

Je me pose plusieurs questions:

Le soutien à l’exploitation scientifique du « patrimoine écrit » ne se traduit que par « la création des catalogues » et « la numérisation des fonds ». Certes, c’est très bien, mais est-ce suffisant? Il ne faut pas oublier d’une part que la numérisation des archives n’a jamais eu le même soutien institutionnel que celle qui a lieu dans les bibliothèques. D’autre part, si on cherche des explications sur « les grands catalogues » on constate que les exemples cités sont ceux des bibliothèques: le CCFr, le Catalogue des incunables (je me rends compte qu’on ne parle même pas de CALAMES)…

Ce document est très révélateur, mais je ne veut pas me contenter de dire que les archives sont ignorées, je voudrais défendre l’idée de la nécessité de créer des structures institutionnelles qui favorisent la recherche en archivistique et la revalorisation des archives pour qu’elles bénéficient d’un soutien institutionnel aussi. Avec l’émergence de ce qu’on appelle les humanités numériques ou encore les Digital Humanities on devrait se battre pour développer davantage des partenariats entre les archives et les laboratoires de recherche pour lancer des projets qui bénéficient du financement étatique (voire d’autres types de financement). Il ne s’agirait pas seulement de faire des grands catalogues ou de numériser les textes, il faudrait aller au-delà pour construire des infrastructures qui favorisent le dialogue entre les archives et la recherche. Oui je sais que le TGE Adonis existe et c’est bien un projet formidable mais est-ce suffisant?

Il me semble enfin que la (re)valorisation des archives ne passe pas que par le développement des partenariats avec d’autres institutions mais aussi par le développement de la recherche elle-même: nous avons besoin de recherches sur l’histoire des archives, l’histoire de l’archivistique, l’archivistique, l’histoire des politiques publiques liées aux archives. Vous allez me dire que cela existe, oui je sais, je fais moi-même une thèse sur les archives, mais n’oublions pas qu’en France il n’y a aucune structure dédiée spécialement à la recherche en archivistique.

Je revendique la nécessité de développer des partenariats avec les institutions de recherche et plus spécifiquement avec la communauté des Digital Humanities.

Je voudrais militer aussi pour la création de structures qui permettent de favoriser la recherche en archivistique et en histoire des archives.

LFH

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4 commentaires sur “Manifeste pour la (re)valorisation des archives: les archives et la recherche”

  1. dhamard 8 septembre 2010 à 09:32 #

    Pour information, depuis 2008, le laboratoire CERHIO de l’Université d’Angers a mis en place un axe de recherche dédié aux Archives, Livres, Manuscrits et Autres supports (axe ALMA). Des séminaires sont organisés ; actuellement l’accent est porté sur la notion de classement. Vous pouvez retrouver les interventions sur le portail HAL (http://bit.ly/aBYF8p) parmi les textes rattachés au CERHIO.

  2. clairh 7 septembre 2010 à 10:18 #

    Et si je peux en rajouter une couche : les archives dans les bibliothèques sont particulièrement mal traitées (et maltraitées), voire laissées de côté, car il est bien rare d’y trouver un professionnel ayant une formation en archivistique.

  3. archivesmasala 6 septembre 2010 à 16:13 #

    Si l’absence des archives dans ce numéro précis de Culture et recherche s’explique largement par l’absence de représentant des Archives au comité éditorial (ce qui ne devrait pas durer, j’espère), je suis globalement d’accord avec ton analyse. Et tout particulièrement avec ton appel à une recherche non plus AVEC les archives (utilisation des documents d’archives pour la recherche) mais SUR les archives. A quand la création d’un doctorat en archivistique ?

    • archivesonline 6 septembre 2010 à 16:21 #

      Merci pour cette précision qui explique mieux l’absence de documents sur les archives. Ceci dit, le constat reste le même: les archives sont peu exploitées et elles n’ont qu’un faible soutien institutionnel. Cela se traduit notamment par l’absence totale d’une structure dédiée à la recherche en archivistique, sujet que nous avons abordé ensemble il y a quelque temps🙂

      LFH

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