Les Rencontres Wikimédia et l’effet sandwich

Les 3 et 4 décembre 2010 ont eu lieu les Rencontres Wikimédia 2010  sur le « Patrimoine culturel et web collaboratif » au sous-sol de l’Assemblée Nationale (eh oui les wikimédiens ont la classe!). Quoi? Vous ne savez pas encore ce qu’est Wikimédia? Allez lire l’article d’Archives Masala.

Le titre de cet événement était particulièrement bien choisi car, comme l’a souligné Adrienne Alix (présidente de Wikimédia France), il s’agissait réellement de rencontres au sens le plus large: une belle rencontre entre Wikimédia, les Wikimédiens et les institutions culturelles, une rencontre entre des gens qui croient à la diffusion de la culture et de la connaissance et puis une rencontre avec des gens qui sont sur Twitter et qui échangent tous les jours sur Internet!

Personnellement, ces rencontres ont été d’abord l’occasion de découvrir plusieurs partenariats de Wikimédia avec des institutions culturelles du monde entier: Allemagne, Royaume-Uni, Argentine, Chili … Je ne vais pas expliquer ces partenariats ici et je ne reviendrai pas de façon exhaustive sur le contenu des présentations que vous pouvez consulter directement sur le blog de Wikimédia France. Cet événement m’a permis d’échanger avec d’autres archivistes qui, bien que peu nombreux, ont envie de s’impliquer dans de nouveaux projets. Mais, nous (archivistes) n’avons pas pu nous empêcher de sentir tout au long de ces rencontres une certaine pression. Celle-ci vient de la prise de conscience d’un phénomène que nous expérimentons tous les jours et que quelqu’un a astucieusement baptisé « l’effet sandwich » (et elle a dit placer cette idée sous licence Creative Commons).

par Amanky, CC-BY-NC-ND, source Flickr

L’effet sandwich et la « zone d’incertitude »

Qu’est-ce que l’effet sandwich? C’est la réalité de ces archivistes (cela peut s’appliquer à d’autres professionnels du patrimoine) qui se trouvent pris entre deux exigences différentes. On a d’un côté les attentes du public et des usagers qui réclament un accès différent aux fonds et aux collections, qui attendent une mise en ligne plus large et plus libre et la possibilité d’interagir avec les archives. D’un autre côté ces professionnels se trouvent limités par les possibilités réelles de lancer des projets, la loi étant restrictive et parfois la hiérarchie étant peu favorable à une diffusion comme celle revendiquée par les Wikimédiens.  Et voilà l’effet sandwich: l’archiviste est au milieu et ne sait donc pas quoi faire.

Mais en réalité cet effet sandwich peut s’avérer un atout. L’archiviste dispose en fait de ce qu’on appelle en sociologie des organisations une « zone d’incertitude ». Selon Michel Crozier [1], dans une organisation, le pouvoir est lié à la capacité à se constituer une zone d’incertitude. Cela veut dire qu’un individu dispose d’un domaine de compétences qui lui est propre, sur lequel les autres ne peuvent pas forcément agir et dont les autres dépendent dans une certaine mesure. L’individu peut ainsi proposer des orientations pour l’organisation. Il dispose donc d’une autonomie mais pour que celle-ci soit efficace il faut qu’elle soit imprévisible. Encore faut-il avoir conscience de cette « zone d’incertitude ». La zone d’incertitude des archivistes provient du fait qu’ils sont à l’interface entre la hiérarchie, les usagers et les documents, ils ont donc un rôle de pivot central entre les trois. Il s’agit de notre rôle de médiateur!

LFH

[1] CROZIER (Michel), « De la bureaucratie comme système d’organisation », Archives européennes de sociologie, vol. 2, 1961, pp. 18-52.

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5 commentaires sur “Les Rencontres Wikimédia et l’effet sandwich”

  1. DM 6 décembre 2010 à 10:22 #

    L’effet sandwich existe aussi à Wikimédia France, avec d’une part différentes personnes qui accusent l’association de mollesse, espérant sans doute des actions d’éclat (procès, illégalité délibérée…), de l’autre des institutions qui vivent leur train de sénateur et s’imaginent que la France est au centre du Monde.

  2. RM 5 décembre 2010 à 16:07 #

    Non, pas « tant pis », ça reste pertinent🙂
    Car si l’idée de la dissémination est comprise par les hauts-fonctionnaires, elle ne l’est pas assez par les responsables d’administration. Aucune AD n’a pour l’instant signé d’accord avec Wikimédia France alors que la plupart ont des masses de documents numérisés énormes à mettre en valeur.
    Je rappelle que les documents versés par les Bundesarchiv, c’est 400 000 vues par mois et une multiplication des demandes par 3 pour l’institution.
    Donc les archivistes ordinaires sont bien pris en sandwich, hélas… Mais finalement, le directeur d’AD qui ne s’intéresse pas au numérique aussi : entre une administration centrale qui se rend bien compte que la culture française va encore reculer sur internet si on n’agit pas rapidement et des jeunes archivistes actifs et curieux qui poussent !
    Tout reste donc ouvert😉

    • archivesonline 5 décembre 2010 à 16:42 #

      « Tant pis pour » la licence cc je voulais dire … Enfin cette histoire de licence n’est qu’une boutade dans mon billet, tu l’as bien compris. Mais l’idée de l’effet sandwich reste pertinente et comme tu le fais remarquer, le directeur d’AD est à son tour pris en sandwich … Ah l’effet sandwich a encore frappé!🙂

  3. RM 5 décembre 2010 à 14:23 #

    Deux minuscules remarques, à la fois comme dirigeant de Wikimédia France et professionnel de la culture (BnF) :
    *On ne peut pas mettre le concept d’« effet sandwich » sous licence libre car les idées ne sont pas protégées par le droit d’auteur. Il a justement été souligné que les institutions s’inventent souvent des droits d’auteurs là ils n’en possèdent pas – que ce soit pour verrouiller l’utilisation ou pour diffuser mais de manière maladroite. Un dirigeant d’institution culturelle doit connaître les lois qui concernent le droit d’auteur et celles sur les données publiques (juillet 1978).
    *Contrairement à ce qui est parfois cru, le ministère de la Culture demande officiellement à ses institutions de diffuser leur production sur d’autres sites que le leurs . C’est ce qui ressort du rapport Ory-Lavollée (2008, diffusé en 2010), pleinement repris comme doctrine du ministère. La seule friction peut se trouver dans les conditions de réutilisation : il arrive que la distinction commercial/non-commercial soit encore faite, dans l’espoir de vendre ses données à ceux qui en feront un usage commercial. Cette distinction est rejetée par Wikimédia France, dans la mesure où d’une part la distinction est difficile voire oiseuse, d’autre part que ceci revient à risquer ses missions premières (et le budget qui va avec) pour des revenus très limités et enfin car, même dans le but d’obtenir des fonds propres, la vente en première instance est relativement inefficace par rapport à la possibilité de développer une activité économique très importante (qui engendrera des gains en impôts en seconde instance).

    • archivesonline 5 décembre 2010 à 14:28 #

      Tant pis pour l’idée d’effet sandwich alors …

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