Quelle stratégie de diffusion numérique pour les Archives? Une nouvelle médiation?

La numérisation des contenus culturels a connu un essor important dans les années 1990 avec notamment la mise en place du plan national de numérisation. Conçu comme une stratégie nationale, le plan (annuel depuis 1996), concerne l’ensemble des institutions culturelles (Etat, collectivités territoriales et associations). Les objectifs du plan national de numérisation sont multiples et complémentaires: favoriser l’accès aux contenus et démocratiser la culture, augmenter l’offre de ressources culturelles numériques disponibles en ligne, faire la promotion de l’accès libre aux contenus numériques… Ces objectifs impliquent une homogénéisation des données et un travail pour faciliter l’interopérabilité, une mise en réseau des différents acteurs du monde culturel.

Le bilan pour les services d’archives est plutôt satisfaisant comme l’a rappelé Archives masala, 106 services d’archives ont publié des ressources sur Internet (chiffres des Archives de France au 8 décembre 2010).  En plus, il y a eu une diversification importante de la typologie des archives en ligne, on trouve l’état civil, le cadastre, les archives notariales, la presse ancienne, des images (photographies, cartes postales, affiches…). Enfin, il y a eu une diversification des moyens utilisés pour diffuser les contenus numériques: l’utilisation du site Internet officiel des services d’archives reste le premier moyen de communiquer et de valoriser les documents numérisés mais on voit apparaître aussi de nouvelles initiatives. La diffusion via le site Internet a commencé avec un accès assez classique via un moteur de recherche simple ou via les instruments de recherche en EAD.  On a vu aussi apparaître les expositions virtuelles qui impliquent une réflexion sur les contenus et un travail de recherche et de médiation plus important (je considère que l’élaboration des IR est déjà dans une certaine mesure un premier travail de médiation). De nouveaux projets plus innovants ont vu le jour: c’est l’exemple de l’indexation collaborative de l’état civil dans les Archives départementales du Cantal. Tous ces moyens dépendent directement du site Internet officiel du service d’archives. Cela veut dire que la plupart des contenus numériques ne sont accessibles qu’aux internautes qui connaissent le site et qui savent l’utiliser. Certes, le développement des moteurs de recherche (Google bien évidemment…) permet aujourd’hui de diffuser les contenus différemment. Mais cela ne permet pas une appropriation complète des services offerts via le site Internet.

Nous devons réfléchir aujourd’hui à d’autres méthodes pour construire une nouvelle médiation numérique et faire sortir les archives du site Internet. On ne peut pas rester dans une démarche passive où l’usager vient chercher les contenus, aujourd’hui il faut aller chercher l’usager! Cette question revêt une importance majeure dans le contexte de développement du numérique, de forte demande de réutilisation des données publiques et d’ouverture des données. Les enjeux pour notre profession ne sont pas négligeables, ils doivent être replacés dans un contexte plus général avec des enjeux économiques, politiques, culturels, scientifiques et juridiques…

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Il y a aujourd’hui quelques initiatives, encore trop timides, pour diversifier l’accès aux archives et établir un nouveau rapport avec l’usager: c’est l’exemple de l’utilisation des médias sociaux. Je citerai en particulier le cas des Archives départementales de la Manche qui font un travail extrêmement intéressant avec leur page Facebook: mise en ligne de documents commentés, concours pour faire participer les usagers… J’adore cette page, c’est une véritable réussite. Mais ce type d’initiatives devrait se développer davantage dans une démarche qui articulerait à la fois les contenus du site Internet avec d’autres médias comme Twitter, Facebook, Wikipédia, etc…  Ces outils sont complémentaires et l’utilisation qui est faite par Gallica en est un bel exemple: site Internet, présence sur Twitter, sur Facebook, possibilité d’exporter des contenus et de les partager via Facebook…

J’entends souvent que les services d’archives n’ont pas le temps et n’ont pas les moyens de mettre en place une politique de diffusion numérique. Or, cela ne coûte pas d’argent. Il est nécessaire d’intégrer ces pratiques aux politiques de valorisation classiques qui doivent évoluer!

LFH

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11 commentaires sur “Quelle stratégie de diffusion numérique pour les Archives? Une nouvelle médiation?”

  1. aristide 17 avril 2011 à 17:03 #

    Malheureusement Ilyena et Timothée ont une vision un peu trop « idyllique » du travail d’archiviste notamment au sein des collectivités où il faut se battre assez régulièrement pour les budgets.
    Ainsi que l’explique l’article de LFH et le commentaire de MagDL, l’objectif de toute médiation (réelle ou numérique) est de faire venir le public aux AD (dans les locaux ou sur le moteur de recherche). Car les chiffres de fréquentation sont ensuite un argument stratégique auprès des élus (ou des autres services) afin d’obtenir des crédits pour de la numérisation, des fournitures, du personnel pour le classement, brefs les moyens nécessaires à l’accomplissement de nos missions.

  2. MagDL 15 avril 2011 à 14:23 #

    Bonjour,
    Je ne suis pas tout-à-fait d’accord avec le point de vue d’Ilyena. La collecte et le classement sont le point de départ, d’accord. Mais combien de gens, amenés sous la « contrainte » à découvrir les archives (étudiants traînés là par leur enseignant, services versants venant visiter pour les sensibiliser à l’archivage…) sont estomaqués de ce que nous avons, et nous reprochent de ne pas le faire connaître davantage ! Il s’agit du grand public, celui qui ne fait pas d’études ni de généalogie, qui travaille et donc qui n’a pas non plus le temps de venir étudier des archives. Je ne vois pas pourquoi ils n’auraient pas le droit d’être renseignés sur ce patrimoine qui est le leur, sous prétexte qu’ils ne le connaissent pas encore. Je ne vois pas pourquoi on réserverait les archives à ceux qui les fréquentent déjà, sinon pour encourager la réputation de structure confidentielle et poussiéreuse ? Cela s’appelle de l’élitisme et c’est un cul-de-sac. Contrairement à un musée, nous avons en effet déjà un public d’habitués, et ce ne sont pas ceux-là qui vont regarder nos ressources sur Internet. Ils ne vont pas non plus arrêter de venir parce que nous avons une politique de mise en valeur des fonds, en général, je vous rassure, assez retreinte. Je travaille dans une structure départementale de 30 personnes. 25 font du classement ; 0,5 de la valorisation. Moralité : que de fonds méconnus (mais parfaitement classés, hein). Moralité immorale : le jour où il y aura des subventions ministérielles, ce sera pour les AD de la Manche, pas pour nous ; et le conseil général qui sera disposé à augmenter les crédits de ses archives, ce sera le leur, pas le nôtre : déjà qu’il sait à peine qu’on existe… pourtant, nous aussi avons une page FB, et depuis plus longtemps. Mais… encore faut-il l’alimenter, et cela, ce n’est pas cher mais ça prend du temps, beaucoup de temps. Je suis donc bien d’accord avec l’auteur quant au fait qu’il est temps que les services se secouent un peu et profitent de ces instruments gratuits (pendant qu’ils le sont encore !) pour mettre en valeur leurs fonds.
    MDL
    PS : qu’on ne s’y trompe pas : j’adore les AD de la Manche, moi aussi.

  3. Timothée Bonnet 13 avril 2011 à 10:52 #

    Je rejoins Benide à ce sujet. J’avais déjà évoqué ce problème dans un précédent billet (http://archivistes.blogspot.com/2010/11/les-archives-municipales-de-nancy.html). Pourquoi le site officiel de l’institution ne serait pas suffisant ? Il ne faut pas aller chercher les gens sur les réseaux sociaux, il faut faire un travail de référencement des contenus pour qu’ils soient indexés par les moteurs de recherche. Et puis, 700 « admirateurs » sur Facebook, c’est quand même moins encourageant que d’avoir 5 000 visiteurs uniques sur sa propre page. Si on trouve qu’ils ne s’expriment pas assez, il n’y a qu’à leur donner la parole avec des outils similaires aux réseaux sociaux…. Les usagers s’attendent à trouver l’information sur la Toile, à obtenir des réponses rapides ainsi qu’à utiliser les modes de recherche auxquels ils sont habitués avec les moteurs de recherche tels que Google. Le défi, c’est donc de développer les outils pour répondre à ces besoins en s’adaptant à la manière dont les les nouvelles générations.

    Je maintiens qu’il faut faire une gestion intelligente des réseaux sociaux. C’est à dire ne pas faire gonfler leur trafic au détriment de son propre site. C’est comme cela que les réseaux sociaux fonctionnent, en vampirisant le reste du net et en capturant les utilisateurs. Il faut s’en servir comme produit d’appel (faire du teasing) et, à ce titre, les sites de partage de ressources, type Flickr, Youtube, Dailymotion présentent un grand intérêt pour la diffusion scientifique et culturelle. Si, demain, Facebook décide de faire contribuer les entreprises/institutions etc. qui ont ouvert des pages, quelle sera la position des centres d’archives ? Et que deviendront les contenus mis en ligne sur le réseau social ?

    • archivesonline 13 avril 2011 à 12:03 #

      Timothée,
      Lisez mieux avant de commenter…
      Vous rejoignez un raisonnement fallacieux?🙂
      Je n’ai jamais dit qu’il fallait négliger le site officiel… j’ai dit au contraire qu’il faut intégrer ça à une stratégie globale de communication pour diversifier notre approche de la valorisation et de l’accès. Le site Internet officiel ne suffit pas même s’il reste, de façon justifiée, le premier outil de diffusion des Archives. Il ne s’agit pas de choisir entre médias sociaux et site Internet, il est plus intelligent de faire les deux.

  4. Benide 13 avril 2011 à 03:55 #

    Dans l’article :
    « On ne peut pas rester dans une démarche passive où l’usager vient chercher les contenus, aujourd’hui il faut aller chercher l’usager!  »
    Pourquoi? C’est donc l’usager qu’on veut rendre « passif »?

    • archivesonline 13 avril 2011 à 08:49 #

      Benide,
      ça c’est ce qu’on appelle un raisonnement fallacieux.
      Ce n’est pas parce que les archivistes adoptent une nouvelle démarche qu’on rend les usagers passifs. Bien au contraire: vous n’avez qu’à aller voir les 700 personnes qui suivent tous les jours la page Facebook des Archives départementales de la Manche… on ne peut pas dire qu’elles sont passives.

  5. Jeannot Bourdages 13 avril 2011 à 00:52 #

    Je travaille comme archiviste dans un musée et j’utilise régulièrement les médias sociaux (Facebook, Twitter) pour faire connaître les archives à la population. C’est une façon d’établir un lien avec la population, de faire connaître nos activités et de diffuser des contenus et des documents.

    J’utilise même parfois Facebook pour m’aider à identifier des photographies. Je demande aux gens de la région s’ils sont en mesure d’identifier le lieu, la personne, l’édifice ou autres. Ça ne fonctionne pas toujours mais les gens aiment qu’on fasse appel à leurs connaissances. Ils se sentent partie prenante de la vie du musée et du centre d’archives.

    Facebook s’avère même intéressant pour les acquisitions. Certaines personnes viennent publier des photographies sur la page du musée ou de leur village. L’archiviste peut alors repérer des fonds intéressants.🙂

    Bref, je trouve que les médias sociaux (sans oublier Youtube et Flickr) ouvrent des possibilités très intéressantes pour les archivistes. Cela ne coûte pas cher et ne prend pas nécessairement beaucoup de temps et de moyens. Pour ma part, une quinzaine de minutes par jour suffisent. Finalement, on peut rejoindre directement un public intéressé par la culture et l’histoire, ce qui est très précieux.

    Pour les intéressés, vous trouverez sur notre site web les liens vers nos pages Facebook et Twitter http://www.museedelagaspesie.ca/french/index.html

  6. archivesonline 12 avril 2011 à 19:02 #

    ilyena,
    Je suis d’accord avec vous, la collecte et le traitement sont la priorité du travail de l’archiviste et j’accorde tout mon temps de travail à cette question d’ailleurs. Mais pour les services d’archives qui ont le temps de mettre en place une politique de valorisation, il est temps de diversifier les pratiques. Les archives ne sont pas des structures culturelles comme les musées et les bibliothèques, je suis tout à fait d’accord avec vous, mais cela ne devrait pas nous empêcher de réfléchir à la mise en place de nouveaux services pour notre public, sans chercher plus loin, il s’agit de diversifier la façon dont on accède au contenu…
    LFH

  7. ilyena 12 avril 2011 à 18:28 #

    bonjour,
    la « médiation » numérique, je veux bien – encore que je trouve que l’exptression ne signifie pas grand chose. Mais, pour rebondir sur un précédent commentaire et reprendre un de mes dadas, ne pas oublier que le point de départ de tout, c’est la collecte et le traitement. On peut « médiater » culturellement ou numériquement ou autrement, quand on a accompli la 1re étape, et quand on l’a bien accomplie – je pense notamment aux versements d’archives contemporaines où, la plupart du temps, on se « contente » de transférer le borderau de versement dans le logiciel maison, sans guère ouvrir les boîtes et sans procéder à un vrai travail achivistique de classement et de traitement de l’information (pour des raisons diverses et variées, et mon propos ne vise pas ici à stigmatiser cette pratique) .
    Mettre en ligne des instruments de recherche en travaillant sur la structure de la base de données, sur les formulaires de requête, sur les termes d’indexation, pour faire en sorte que, de la manière la plus transparente qui soit, l’internaute accède le plus vite possible et sans « bruit » à ses informations, n’est-ce pas là la plus belle des « médiations numériques » ? Les services d’archives semblent nourrir un complexe à être ce qu’ils sont et se voudraient des structures culturelles captant les mêmes publics que les bibliothèques ou les musées. Notre public est différent, plus ciblé : prenons-en la mesure et traitons ce public existant comme il le mérite, au lieu de toujours chercher plus loin, quitte à négliger nos « habitués »…

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